Cette décision devrait faciliter le recours aux contrats à durée déterminée dans les entreprises.

France

Cette décision devrait faciliter le recours aux contrats à durée déterminée dans les entreprises.

La justice européenne encourage la flexibilité du travail. La cour de Luxembourg a rendu, jeudi, un arrêt qui autorise le principe du CDD à répétition, à la condition pour l’employeur qu’il soit justifié par des «besoins de remplacement». En clair, lorsqu’il s’agit de remplacer un salarié malade, en congé maternité ou en formation. «Même si ce besoin s’avère récurrent, voire permanent», précise la décision de la cour.

L’arrêt porte sur le cas précis de Bianca Kücük, une salariée allemande qui a enchaîné treize contrats à durée déterminée sur une période de 11 ans. Elle était employée par le Land de Nordrhein-Westfalen comme assistante au greffe du tribunal cantonal de Cologne. Ses contrats étaient à chaque fois conclus pour remplacer des personnes en contrat à durée indéterminée, qui avaient pris des congés temporaires.

Dans son jugement, la Cour de justice ne manque pas de rappeler en préambule qu’en droit européen, le «CDI constitue la forme générale des relations au travail». Et qu’il revient aux États membres de «prévenir toute utilisation abusive de CDD successifs». Qu’en est-il du droit français? Quels changements impliquent cette décision de la Cour européenne de justice? Pour Malik Douaoui, avocat associé en droit social du cabinet Taj, «cela n’aura pas d’incidence majeure mais cela va certainement faciliter l’enchaînement des CDD».

Jurisprudence assouplie

La loi française est stricte sur le recours aux contrats temporaires qui ne peut être qu’une exception, répondant à un surcroît d’activité ou palliant l’absence d’un salarié. Le principe de base stipule qu’un même CDD ne peut être renouvelé qu’une seule fois et dans la limite de 18 mois. Pour ce qui est de la succession des CDD, pour un même poste, l’employeur doit respecter un délai entre chacun. Sur un poste différent, c’est-à-dire sur des qualifications différentes, les CDD peuvent se succéder, en particulier pour besoin de remplacement.

La notion d’«abus» intervient lorsqu’il pourvoit à un emploi durable et permanent. «Sur cette notion d’activité normale et permanente, on peut s’attendre à un assouplissement de la jurisprudence de la Cour de cassation», estime Malik Douaoui. Le juriste cite l’exemple d’un arrêt de la cour de 1996 sur une succession de 94 CDD sur quatre ans pour un même salarié et sur les mêmes qualifications. «La cour a requalifié en CDI considérant que c’était lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise».

Isabelle Mathieu, avocate associée chez Daem Partners, estime, au contraire, que la décision européenne ne changera rien: «Le régime du CDD de remplacement est très souple puisque les contrats peuvent être conclus autant de fois qu’il y a d’absence sans limite de temps», explique-t-elle. Même son de cloche pour l’avocat spécialisé en droit social Pascal Geoffrion: «Cela ne fait que confirmer la jurisprudence existante en France depuis quelques années», explique-t-il, tout en reconnaissant un recours de plus en plus fréquent des entreprises à ce type de contrat.

 

Source : http://www.lefigaro.fr/emploi/2012/01/26/09005-20120126ARTFIG00683-la-cour-europeenne-valide-jusqu-a8230-13-cdd-d-affilee.php

Cet article doit être lu à la lumière de cet autre article datant de 2010 qui affirme  :

Huit embauches sur dix se font en contrats courts qui représentent désormais 9% de l’emploi salarié total.

Source : http://www.lefigaro.fr/societes/2010/08/11/04015-20100811ARTFIG00501-les-entreprises-n-ont-jamais-autant-recrute-de-cdd.php

En d’autres termes, si il y a de plus en plus de CDD, et qu’ils sont renouvelables 13 fois d’affilée , autant dire qu’il n’y aura plus de CDI.

En choisissant comme directeur de campagne le vice-président du Cercle de l’Industrie – lobby réunissant les PDG des principaux groupes industriels français – le candidat de la gauche de droite aux prochaines élections présidentielles a envoyé un signal, on ne peut plus clair, aux marchés financiers : l’alternance ne constituera pas une menace, bien au contraire, pour les classes possédantes.

 

 

Après José Sócrates, José Luis Zapatero, George Papandréou et Elio Di Rupo, François Hollande sera-t-il le prochain dirigeant socialiste à prétexter la « crise des dettes publiques » pour imposer aux travailleurs l’austérité et la régression sociale ? Au vu du pédigrée de ses responsables de campagne, il y a tout lieu de le craindre : c’est que les principaux conseillers dudit candidat se signalent par leur proximité avec le monde des affaires et leur volonté de rassurer l’Europe des marchés. A moins de quatre mois des élections, un passage en revue des troupes s’imposait.

Pierre Moscovici (directeur de campagne)

Ex-ministre en charge des Affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin, Pierre Moscovici est vice-président du Cercle de l’Industrie. Ce lobby, représentant les intérêts des trusts français à l’échelle européenne, a été créé en 1993 par Raymond Lévy, alors président de Renault, et Dominique Strauss-Kahn, qui venait tout juste de quitter le ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur. Partenaire du MEDEF, de l’Institut de l’Entreprise et de la Table ronde des Industriels européens, le Cercle de l’Industrie s’est doté du conseil d’administration bipartisan suivant :

Denis Ranque (président)
Administrateur de CMA-CGM, de Saint-Gobain et du Fonds Stratégique d’Investissement français ; ex-PDG de Thalès

Pierre Moscovici (vice-président)
Membre du Parti socialiste, ancien ministre chargé des Affaires européennes (1997-2002)

Alain Lamassoure (vice-président)
Membre de l’UMP, ancien ministre chargé des Affaires européennes (1993-95)

Jean-Yves Naouri (trésorier)
Directeur des opérations du groupe Publicis. Son frère, Jean-Charles Naouri, a été directeur de cabinet de Bérégovoy à Bercy et associé-gérant de Rothschild & Cie Banque, avant de prendre le contrôle du groupe de distribution Casino, et de devenir l’une des plus importantes fortunes de France estimée, en 2011, à 883 millions d’euros par le magazine écofi Challenges. Jean-Charles Naouri est aussi conseiller de la Banque de France, administrateur de Rothschild & Cie Banque et de Fimalac. Cette dernière holding, chapeautant l’agence de notation Fitch Ratings, appartient à un proche de Laurent Fabius : Marc Ladreit de Lacharrière.

Benoît Potier (administrateur)
PDG d’Air Liquide, administrateur de Danone et de Michelin, vice-président de la Table ronde des Industriels européens

Louis Gallois (administrateur)
PDG d’EADS, administrateur de Michelin, ex-directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement au ministère de la Défense

Pierre-André de Chalendar (administrateur)
PDG de Saint-Gobain, administrateur de Veolia Environnement

Pierre Gadonneix (administrateur)
Président d’honneur d’EDF, ex-administrateur de France Télécom, Elf-Erap, Usinor, Renault

Bertrand Collomb (administrateur)
Administrateur des sociétés Total, DuPont et Reuters Founders Share Company, conseiller de la Banque de France, président d’honneur de Lafarge et ex-vice-président d’Unilever

Michel Sapin (responsable du projet présidentiel)

Ancien ministre délégué à la Justice (1991-92), ministre de l’Économie et des Finances (1992-93), et ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État (2000-02), Michel Sapin pourra, en cas de victoire à la présidentielle, s’appuyer sur ses ex-conseillers : Thierry Aulagnon (directeur de cabinet à Bercy) est membre du comité de direction de la Société générale ; Eric Lombard (conseiller technique à Bercy) est président de BNP Paribas Cardif et du Groupement français des Bancassureurs ; quant à Godefroy Beauvallet (conseiller e-Government au ministère de la Fonction publique), il dirige actuellement le Fonds Axa pour la Recherche.

Les conseillers économiques de François Hollande (1)

Elie Cohen
Directeur de recherche au CNRS et à Sciences Po, membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, il est aussi administrateur des firmes EDF Energies Nouvelles, Steria et PagesJaunes, ex-administrateur d’Orange et Vigeo.

Jean-Hervé Lorenzi
Professeur à l’Université Paris-Dauphine, président du Cercle des économistes, membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, ex-conseiller du président du groupe Havas et du Premier ministre socialiste Edith Cresson, actuel administrateur de BNP Paribas Assurances, de la Cie financière Edmond de Rothschild, et membre du conseil d’orientation de l’Institut Montaigne, think tank créé par Claude Bébéar (Axa).

Jean-Paul Fitoussi
Président de l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE), membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, ex-coordonnateur de la « Commission sur la performance économique et le progrès social » – lancée à l’initiative du président Sarkozy – et président de la sous-commission de la « Commission des Nations-Unies sur la Réforme du système monétaire et financier international », ce chroniqueur du Monde et de La Republicca est aussi administrateur du trust financier italien Sanpaolo IMI, de Telecom Italia et de Banca Sella Holding.

Emmanuel Macron
Ancien membre de la « Commission Attali pour la libération de la croissance » – installée par le président Sarkozy – et actuel associé-gérant chez Rothschild & Cie Banque.

Stéphane Boujnah
Ex-membre de la « Commission Attali pour la libération de la croissance » et conseiller de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, il est aujourd’hui le patron de la branche française du groupe financier espagnol Santander.

Forts de leurs positions dans le monde des mass-médias (LibéLe Nouvel ObservateurLe Monde), les jeunes loups du capitalisme à la française sont désormais en mesure de faire coup double : dénoncer, à longueur de chroniques ampoulées, les « excès » des marchés financiers, tout en bénéficiant des profits symboliques et, plus encore, matériels associés à leur statut de dirigeants de la haute banque et de la grande industrie. Un économiste tel que Daniel Cohen – membre de l’équipe de campagne de Martine Aubry – a pu ainsi prêcher la bonne parole « régulationniste » dans l’émission de France Télévisions « Fric, Krach et gueule de bois », à l’appui de poncifs sur les traders fous, l’aveuglement libéral et la droite de Reagan et Thatcher, sans que Pierre Arditi, animateur de la soirée, ne juge bon de préciser que cet éditorialiste au Monde siégeait, au même moment, à la banque d’affaires Lazard, au conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès et au think tank « A Gauche, en Europe », une boîte à idées sociale-libérale créée par Rocard, Strauss-Kahn et Moscovici. La boucle est bouclée.

(1) Pour plus d’informations sur la contribution apportée par ces économistes à la campagne de François Hollande, lire Fanny Guinochet et Gaëlle Macke, « Ces économistes et ces patrons qui soutiennent François Hollande », Challenges, 16 octobre 2011.

Pour en savoir plus sur les travaux de Geoffrey Geuens, vous pouvez lire son ouvrage, La finance imaginaire, aux éditions Aden : http://www.aden.be/index.php?aden=la-finance-imaginaire

 

Source : http://www.michelcollon.info/Francois-Hollande-et-le-monde-des.html

Comment avez-vous réagi devant la situation libyenne avant l’intervention militaire alliée ? Selon vous, la nature de la répression du régime du colonel Kadhafi contre les insurgés justifiait-elle cette guerre ?

Rony Brauman : Face à la menace d’un écrasement du soulèvement de Benghazi, j’ai d’abord eu une réaction de stupeur et d’angoisse : oui, il fallaitcontrer une offensive blindée de Kadhafi. Bien que je me méfie de l’engrenage qu’enclenche fatalement un engagement militaire, la crainte de voir des flots de sang dans les rues de Benghazi l’a emporté. Dans ce contexte, une intervention limitée à la protection de la ville était justifiable. Je n’ai pas tardé à changer d’avis en m’apercevant que les menaces dont il était question relevaient de la propagande, et non de réalités observables.

Personne n’a ainsi été capable de nous montrer les tanks qui se dirigeaient prétendument sur Benghazi. Or, une colonne de chars, à l’époque des téléphones mobiles et des satellites, ça se photographie. D’ailleurs, s’il a suffi de détruirequatre tanks en un raid aérien pour briser ladite offensive, c’est bien que cette colonne, dont on n’a plus entendu parler par la suite, n’existait pas ! De même pour les plus de 6 000 morts dont faisait état le Comité national de transition (CNT) dès le début du mois de mars. Les enquêtes d’Amnesty et de Human Rights Watch ont montré que le nombre de victimes s’élevait en réalité à 200 ou 300, dont la plupart étaient mortes au combat.

Un bilan similaire à celui qu’avaient enregistré la Tunisie ou l’Egypte. Quant aux attaques aériennes sur les manifestants de Tripoli, il s’agit d’une invention d’Al-Jazira. En somme, il m’a semblé rapidement clair que la décision d’entrer en guerre a précédé les justifications de cette guerre.

Bernard-Henri Lévy : Comment cela, une invention d’Al-Jazira ? Comment pouvez-vous, vous, Rony Brauman, nier la réalité de ces avions de chasse piquant sur les manifestants de Tripoli pour les mitrailler et que le monde entier a vus ? Et, quant au bilan de la répression, peut-être n’était-il pas de 6 000 morts : mais dire « 200 ou 300″ relève soit de l’insulte soit de la plaisanterie ! Morts au combat, ajoutez-vous. Mais quel combat ? D’un côté, vous aviez une armée surpuissante qui s’équipait depuis des décennies et se préparait au soulèvement populaire. De l’autre, vous aviez des citoyens désarmés. Et puis les chars…

Nul ne vous les a « montrés », dîtes-vous. Mais moi je les ai vus. Aujourd’hui encore, la route entre Benghazi et Ajdabiya est jonchée de leurs carcasses. Ils étaient sur le point d’entrer dans la ville. Ils ont été arrêtés à la dernière minute. Et je ne parle pas du massacre de Misrata dont j’ai vu, de mes yeux, le résultat et dont je puis vous assurer qu’il n’était pas une opération de propagande.

Misrata a été réduite à l’état de décombres. Le massacre n’y fut pas seulement annoncé : il y a bel et bien été opéré.

Rony Brauman : La militarisation du soulèvement a été presque immédiate, dans les jours qui ont suivi les premières manifestations. A Misrata, la résistance a été particulièrement vigoureuse, et il est faux de prétendre que des civils se soient battus à mains nues contre des troupes suréquipées. Si l’intervention de l’OTAN n’a certes pas été anodine, c’est localement qu’a été accompli l’essentiel de l’effort militaire. Je me trouvais à Misrata en juillet : je m’attendais à voir une ville détruite, j’ai commencé par constater que le port, cible de bombardements répétés, disait-on, était absolument intact.

Les affrontements ont en fait été circonscrits à deux quartiers, dans lesquels les dégâts sont énormes, tandis que le reste de la ville est normal. Aucun des habitants avec lesquels j’ai parlé ne se présentait d’ailleurs comme un survivant. En mai et juin, les équipes de Médecins sans frontières qui étaient sur place recevaient très peu de blessés et envisageaient même de plier bagage. Qu’il y ait eu des combats acharnés, que le siège ait été violent, c’est indéniable. Mais Misrata n’est pas cette ville réduite à l’état de décombres que vous décrivez.

Bernard-Henri Lévy : Je n’ai rien vu à Misrata, nous dit Rony Brauman ! Eh bien je suis scandalisé. Arriver le 15 juillet, c’était arriver après la bataille. Les lignes de front s’étaient alors déplacées à Derna et Abdoul Raouf, à 40 kilomètres du coeur de la ville. Mais la bataille, avant cela, a été terrible. La ville, avant d’êtrelibérée, a été littéralement ravagée. Et comment osez-vous arguer de l’héroïsme de ces hommes qui ont, en effet, repoussé les chars pour conclure que la menace n’était, au fond, pas si terrible que cela ?

Que ces hommes aient résisté, qu’ils se soient héroïquement battus, qu’ils aient rivalisé d’imagination pour inventer des ruses tactiques du type de ces tapis de prière enduits d’huile disposés nuitamment sous les chenilles des chars pour qu’ils patinent et deviennent des cibles plus faciles, tout cela ne prouve pas la faiblesse de l’armée de Kadhafi, mais l’ingéniosité tactique et la force d’âme et de caractère des insurgés.

La guerre de Libye marque-t-elle la victoire du droit d’ingérence ?

Rony Brauman : Oui, incontestablement, bien que ce modèle ne soit pas généralisable. Certains se réjouissent de cette victoire ; moi, je la déplore car j’y vois la réhabilitation de la guerre comme mode de règlement des conflits. Rendons à Bernard Kouchner et à Bernard-Henri Lévy ce qui leur est dû : depuis vingt ans, ils soutiennent le principe d’interventions militaires engagées sous le drapeau de la protection des populations civiles.

Pour la première fois, une telle intervention a été légalisée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Elle n’en est pas légitime pour autant. Je m’inquiète de ce triomphe d’une conception militaire de la protection, non par pacifisme de principe mais parce que son bilan est calamiteux. La victoire par les armes sur le régime à abattre n’est en effet que le début de l’histoire.

En fin de compte, le choix de la guerre entraîne un coût humain bien plus lourd. Pour preuve, le bilan officiel avancé par le CNT : 30 000 à 50 000 morts, soit dix fois plus que les victimes de la répression syrienne. Si ces chiffres sont exacts, c’est effroyable. Or, et c’est à mon avis révélateur de la gêne qu’ils inspirent, ils n’ont soulevé, à ce jour, aucune interrogation.

Bernard-Henri Lévy : On ne sait rien de ce bilan. Et on ne sait rien, en particulier, de la « répartition » entre civils pris dans les feux des combats, éventuelles victimes des bombardements de l’OTAN et victimes des forces kadhafistes massacrées par un pouvoir aux abois qui voulait noyer cette révolution dans des « rivières de sang ».

Mais, de toute façon, le problème n’est pas là. Quand un Etat s’avère incapable d’assurer le minimum de sa souveraineté, à savoir la protection de ses citoyens, quand il met lui-même en danger son peuple en le détruisant délibérément, alors la communauté internationale a le devoir de se substituer à lui. C’est ça, le devoird’ingérence. C’est ce qui me reste de l’internationalisme de ma jeunesse. La communauté internationale a, dans ces situations, un devoir de subsidiarité ou de substitution. Et cela parce que les droits de l’homme n’ont pas de frontières : l’autre est mon prochain, même quand il est timorien, darfouri ou libyen.

Rony Brauman : Cette logique procède d’un dualisme métaphysique cher à Bernard-Henri Lévy réduisant la politique à l’affrontement du Bien et du Mal, c’est-à-dire des fascistes et des antifascistes. Dans ce monde simple, il revient à une avant-garde éclairée d’anticiper et de prévenir les massacres à venir, afin d’accoucher par la violence l’histoire de son grand dessein démocratique.

La notion de « guerre humanitaire » a de fortes affinités, c’est le moins qu’on puissedire, avec cette conception néoléniniste d’une supposée politique des droits de l’homme. Elle fonctionne par nature sur un mode chirurgical : les complexités de la société sont effacées au profit d’une vision binaire faite de bourreaux et de victimes.

Mais les réalités invisibles et agissantes des rapports de pouvoir complexes et des alliances inattendues, à l’oeuvre dans toute société, ne tardent pas à semanifester. A cette idéologie, j’oppose le long et sinueux travail de la démocratisation, la nécessité de la négociation et du compromis dans le combat politique. C’est ce que la guerre interdit et c’est pourquoi je défends l’option opposée, que j’appellerai le « paradigme syrien », fait d’une mobilisation populaire large et d’un refus admirable de céder à la tentation des armes et à la spirale de la violence. Je précise que, dans mon esprit, la démocratie se définit avant tout par la démilitarisation de la lutte pour le pouvoir.

Bernard-Henri Lévy : La démocratie est un processus laborieux, certes. Pour autant, faut-il, sous prétexte de patience « métaphysique », condamner les peuples à un long supplice ? Et fallait-il, au motif que le peuple libyen était, d’une certaine façon, comptable de ces années de dictature, le laisser aller au bout de la pénitence, attendre que les quelques milliers de morts soient devenus des dizaines ou des centaines de milliers ?

C’est vous qui avez une conception « normative » et « procédurière » des choses avec votre idée d’un sage et lent travail nécessaire avant que le modèle démocratique n’ait le droit d’entrer en scène. Non. La libération de la Libye a été, certes, l’oeuvre des Libyens. Mais, à un moment donné, ils se sont adressés à nous.

Et il n’était pas question de refuser d’entendre cet appel. Le légitime souci de la complexité ne pouvait pas, comme en Bosnie, nous faire rester l’arme au pied. Nous ne l’avons pas fait. Nous n’avons pas, comme à Sarajevo, attendu que le compteur soit à 200 000 morts pour arrêter le carnage. Et c’est bien.

Peut-on donc qualifier la guerre en Libye de « guerre juste » ? Et que faut-ilentendre selon vous par ce concept ?

Rony Brauman : De saint Thomas jusqu’à Michael Walzer, la guerre juste se définit selon cinq critères : un souverain légitime, des buts légitimes, des moyens proportionnés, la guerre comme dernier recours et des chances raisonnables de succès. Si l’on peut considérer, avec des réserves, que les trois premiers critères sont satisfaits, les deux derniers ne le sont pas. J’ai dit ce que je pensais de la menace imminente.

Quant au succès, ce n’est pas le lynchage de Kadhafi ni les tueries et pogroms qui en sont de bons augures. Il n’y a pas selon moi de « guerre juste ». La guerre ne doit être qu’un ultime recours contre une agression ou une occupation. En l’occurrence, l’invocation de la « responsabilité de protéger » a réhabilité l’usage de la violence comme réponse à une crise politique. Plus grave, on redonne ses lettres de noblesse à la notion de guerre préventive. Cela me consterne.

Bernard-Henri Lévy : Eh bien, on s’est honoré en faisant cela ! C’est Kadhafi, ne l’oubliez pas, qui a déclenché cette guerre. Quand Saïf Al-Islam, son fils, numéro deux du régime, dit que les habitants de Benghazi sont des rats et qu’il faut lesnoyer dans des rivières de sang, c’est d’une déclaration de guerre qu’il s’agit.

Maintenant, la « guerre juste ». Les théoriciens de la guerre juste établissent une distinction, que vous effacez allègrement, entre la guerre préventive (l’Irak) et la guerre préemptive (on a les preuves qu’un massacre est programmé, qu’il commence d’être mis en oeuvre – et on l’arrête avant qu’il ne soit allé au bout de son programme). En Libye, on est clairement dans ce second cas.

Rony Brauman : Bien sûr, mais il ne suffit pas d’affirmer qu’un massacre est programmé pour qu’il le soit ! La guerre a été voulue par Nicolas Sarkozy dès le mois de février. Avant même la constitution du CNT, quatre sous-marins nucléaires français patrouillaient déjà le long des côtes libyennes et, le 25 février, Nicolas Sarkozy déclarait : « Kadhafi doit partir. »

On n’a jamais vu qu’un chef d’Etat décrète, après une semaine de troubles, qu’un autre chef d’Etat, aussi antipathique soit-il, doit partir. L’invocation des atrocités, dont le nombre et l’horreur grandissaient chaque jour, est un montage propagandiste. Kadhafi était une cible idéale par son isolement diplomatique, par les crimes dont il s’est rendu coupable dans le passé… mais en l’occurrence, je le répète, les justifications sont intervenues après la décision. C’est bien en France et en Europe, ainsi qu’au Qatar, qu’il faut chercher les origines de la guerre en Libye.

Bernard-Henri Lévy : Qu’on ait déclaré, dès février, que Kadhafi devait partir, cela ne veut rien dire. On a fait la même déclaration sur Bachar Al-Assad, et vous savez bien que cela n’a été suivi d’aucun effet. Non. Pour que cette guerre advienne, il fallait que l’Europe le veuille, naturellement. Il fallait, en France, un président de la République obsédé, entre autres soucis, par celui d’empêcher un nouveau Srebrenica. Mais il fallait, surtout, que les Libyens le désirent et le demandent. C’est en ce sens, aussi, que la Libye est le contraire de l’Irak. On n’y a pas envoyé des moniteurs politiques. On n’a pas fabriqué un président ou un Conseil fantoche, parachutés avec son modèle démocratique en kit. On a aidé un mouvement préexistant. On a répondu à un appel.

Et je pense d’ailleurs que cette expérience libyenne devrait nous inciter à enrichirvos cinq critères canoniques d’un sixième critère de la guerre juste : juste est la guerre qui, outre le fait qu’il n’y a plus d’autre recours pour éviter des crimes contre l’humanité à grande échelle, répond à un appel venu du peuple concerné. C’est la vraie différence avec la Syrie. Pourquoi, demandent certains, ne fait-on pas à Damas ce qu’on a fait à Benghazi ? La réponse n’a rien à voir avec je ne sais quelles arrière-pensées complotistes de nos dirigeants.

C’est juste que, à l’heure où nous parlons, les Syriens ne le veulent pas ; il n’y a pas d’instance représentative pour solliciter officiellement, comme l’a fait le CNT libyen, l’aide militaire de la communauté internationale ; cette sollicitation viendrait-elle que la donne en serait changée et que l’option militaire devrait êtreconsidérée.

Pensez-vous que l’intervention armée en Libye ait vraiment favorisé l’installation de la démocratie dans le pays ?

Rony Brauman L’opposition à Kadhafi peut procéder de différentes raisons, de même qu’il existait un anticommunisme démocratique et un autre qui en était la négation. Il ne suffit pas de s’opposer à un régime dictatorial pour recevoird’emblée un brevet de démocratie. La première intervention publique de Moustapha Abdeljalil en arrivant à Benghazi en tant que chef provisoire de la Libye libre a été l’invocation de la charia comme source du droit. Je sais bien que la charia se prête à une interprétation démocratique aussi aisément qu’à son contraire. Il n’empêche : c’était un drôle de choix que de l’invoquer à ce moment fortement symbolique.

Bernard-Henri Lévy : Un « brevet » de démocratie – eh bien ! Nous n’avons entendu, dans cette affaire, que ce que nous voulions entendre : ce gros mot de charia dont l’Occident analphabète a fait un épouvantail. La réalité c’est, d’abord, que Moustapha Abdeljalil avait, en face de lui, ce jour-là, un certain nombre de combattants islamistes auxquels il voulait donner des gages avant de quitter la scène.

Mais c’est surtout qu’il a, dans le même discours, déclaré que la Libye de demain serait, aussi, attentive au respect des libertés fondamentales. Comment ceci se mariera-t-il avec cela ? L’islam conservateur avec le souci des droits de l’homme ? Ce sera un processus long et compliqué, bien sûr. Mais c’est ça, la démocratie.

Rony Brauman : Outre la légèreté avec laquelle le CNT, dont la plupart des membres étaient inconnus, a été immédiatement présenté par Bernard-Henri Lévy comme un mouvement démocratique laïque, il y a une certaine naïveté àvouloir ignorer le fait que la guerre crée des dynamiques favorisant les radicaux au détriment des modérés. Cette guerre n’est pas terminée.

En faisant le choix de militariser la révolte, le CNT donnait leur chance aux plus violents. En soutenant cette option au nom de la démocratie, l’OTAN a pris une lourde responsabilité qu’elle ne peut assumer. C’est parce que la guerre est mauvaise en soi qu’il ne faut pas la faire, ce n’est pas parce que le modèle libyen ne peut pas être généralisé par ailleurs.

Bernard-HenrI Lévy : La guerre n’est pas « mauvaise en soi » ! Si elle permet d’éviter une violence plus grande, elle est un mal nécessaire – c’est toute la théorie de la guerre juste. Maintenant, la question de la « généralisation ». Bien sûr qu’on ne peut pas reproduire mécaniquement en Syrie ce qu’on a fait en Libye.

Mais il y a là une maxime en formation. Un principe universalisable. Et, voyez-vous, l’idée même que ce principe existe, l’idée qu’il soit comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de tyrans qui se considèrent propriétaires de leur peuple, c’est déjà un progrès formidable. Depuis la fin de la guerre de Libye,Bachar Al-Assad dort moins bien la nuit ; Mahmoud Ahmadinejad, aussi ; et, de cela, je me réjouis.

 

Source : LeMonde.fr

 

Dominique Strauss-Kahn à Sarcelles, le 16 octobre. Son nom revient souvent dans les écoutes mises en place début 2011.
Dominique Strauss-Kahn à Sarcelles, le 16 octobre. Son nom revient souvent dans les écoutes mises en place début 2011. Crédits photo : Yoan Valat/AP

Un directeur de la sécurité publique espérait parler avec DSK. Il a préféré rentrer en France. Vendredi, le commissaire Lagarde a été mis en examen.

Le but de la mission n’était pas celui annoncé. Telle pouvait être la conclusion du patron de la sécurité publique dans le Nord lorsqu’il reprit l’avion de Washington pour la France. Officiellement, l’objectif du déplacement était d’aller discuter sécurité et politiques publiques avec le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Parmi les compagnons du voyage aller de Jean-Claude Menault se trouvaient le commissaire Lagarde, chef de la Sûreté départementale de Lille, un chef d’entreprise et un responsable d’une filiale du groupe de BTP Eiffage dans le Pas-de-Calais et «deux secrétaires d’Eiffage», du moins étaient-elles ainsi présentées.

Arrivé dans la capitale américaine, en cette mi-décembre 2010, Jean-Claude Menault aurait compris que l’avenir de la police française n’allait sans doute pas être le principal sujet de conversation… Au bout de huit heures, il retraversa l’Atlantique, laissant ses compatriotes en compagnie de DSK. Puis, il rédigea un rapport à l’intention de sa hiérarchie. Le directeur départemental de la sécurité publique a été interrogé discrètement par l’IGPN à Paris en début de semaine sur cet épisode.

«Vous imaginez ? Avoir l’occasion de parler à un futur présidentiable à plus de 60 % dans les sondages !», dit-on aujourd’hui dans la police lilloise. Ambitions politiques ? Carriérisme ? Prospective et libertinage ? Tout semble se mélanger dans l’affaire du Carlton. Vendredi, le commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde, en garde à vue depuis jeudi matin, soupçonné d’avoir organisé des rendez-vous avec des prostituées, a été mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée et recel d’abus de biens sociaux.

Factures avec mention «DSK»

Les questions de ses collègues de l’IGPN avaient porté sur les déplacements organisés à Paris avec des prostituées mais aussi sur ses trois voyages à Washington, dont le dernier du 11 au 13 mai 2011, à la veille du scandale du Sofitel de Manhattan.

Plus tôt, c’est un autre protagoniste du dossier et son ancienne compagne qui ont été déférés après leur garde à vue. Fabrice Paszkowski est présenté comme l’homme qui aurait mis en contact DSK avec les autres membres du groupe. Un intermédiaire efficace, investi en politique, à gauche, ami de la famille Mellick et qui aurait lui aussi participé aux parties fines, à Paris et à Washington. Vendredi soir, il a été mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée. La société de son ex-compagne - également mise en examen vendredi pour proxénétisme aggravé et escroquerie mais laissée libre - aurait, elle, financé les billets d’avion. De son côté, la société Eiffage a annoncé vendredi la mise à pied de son cadre, David Roquet. Entre 12 000 et 15 000 euros de factures liées à l’affaire auraient été retrouvés chez lui lors d’une perquisition. La mention «DSK» avait parfois été soigneusement apposée au dos.

Une affaire à tiroirs

Au fil des jours, l‘affaire du Carlton prend une triple dimension. Tout d’abord, celle de la prostitution hôtelière avec les filles de «Dodo la saumure», proxénète écroué en Belgique, proposées comme «cadeau» ou «colis» selon la terminologie en vigueur, à des clients ou des amis. Parmi elles, des jeunes femmes venues d’horizons divers. Parfois anciennes prostituées reprenant du service, parfois non professionnelles, arrivées dans le Nord ou en Belgique de pays lointains. Quant à «Béa», la compagne de «Dodo la saumure», elle pouvait aussi participer. Son nom est ainsi mentionné lors de la première virée à Paris, lorsque DSK se serait joint aux «Lillois» en mars 2009, d’abord dans un club-restaurant proche de l’Étoile, L’Aventure, puis dans un hôtel de luxe du boulevard du Temple, le Murano.

Vient ensuite l’implication policière et le rôle supposé du divisionnaire Lagarde – ancien adjoint du commissaire Neyret, tombé récemment pour trafic de stupéfiants à Lyon – dans le réseau. Pour un avocat, familier du dossier, la bande cherchait notamment à compromettre des policiers dans ces soirées coquines. Plusieurs fonctionnaires, tel Menault, auraient compris le piège. En toile de fond, la traditionnelle guerre des polices était vive à Lille, PJ et Sûreté voulant chacune à étendre sa zone d’influence. La Sûreté, effectifs gonflés à 80 hommes, aurait fini par agacer. La franc-maçonnerie fait aussi partie du décor, la plupart des noms mentionnés se retrouvant au Grand Orient mais pas toujours dans la même loge.

L’apparition de Dominique Strauss-Kahn n’a fait que corser l’affaire. Le nom de l’ancien ministre revient souvent dans les écoutes mises en place début 2011. Notamment dans la bouche de René Kojfer, «chargé des relations publiques du Carlton» sur sa carte de visite mais surtout vieille connaissance de «Dodo la saumure». Parties fines dans la capitale, escapades à Washington alimentaient les conversations. Des bavardages et des vantardises, qui, ajoutés au rapport du patron de la Sécurité publique du Nord, avaient sans doute fini par provoquer un peu de bruit à Paris.

 

Source :  LeFigaro.fr

L’association de défense des femmes violentées, aussi puissante que controversée, est aujourd’hui en roue libre.  KENZO TRIBOUILLARD / AFPL’association de défense des femmes violentées, aussi puissante que controversée, est aujourd’hui en roue libre. KENZO TRIBOUILLARD / AFP

C’est la grève à Ni Putes Ni Soumises (NPNS). Mais personne ne doit le savoir, ni les militants, et encore moins les journalistes. Alors, non rien à dire, « on ne communique pas ». Trois cents mètres carrés de locaux au milieu du 20ème arrondissement de la capitale, et rien que huit grévistes attablés au milieu d’une salle quasi-déserte, s’affolent à l’idée que l’affaire s’ébruite. Derrière eux, comme tenues à l’écart du secret, des jeunes filles en service civil planchent dans des salles aux portes closes. Les salariés, Gabrielle Apfelbaum, directrice de la communication, Fanny Derenne, coordinatrice du mouvement, Jean-François Laloué, responsable des relations institutionnelles, organisent des assemblées générales chaque jour, qui se tiennent depuis vendredi dernier entre les murs blancs et rose fushia de l’association. Le bureau de la comptabilité est fermé à clef. Celui de la présidente aussi. Sihem Habchi se terre quelque part.

L’association de défense des femmes violentées, aussi puissante que controversée, est aujourd’hui en roue libre. Que se passe-t-il ? « Nous sommes grévistes, mais cette situation se gère avec les instances dirigeantes », assène-t-on en chœur. Et circulez, y’a rien à voir : « C’est la fin de notre entretien. On vous raccompagne ? ». Pas un mot donc sur le mystérieux « corbeau », un certain « Harry Potter », auteur d’un mail incendiaire sur la gestion de l’association.

Des frais de bouche « scandaleux »

La missive anonyme court les boîtes de messagerie des militants NPNS et de leurs partenaires associatifs. Le titre : « Sihem Habchi tue Ni Putes Ni Soumises ». Deux pages et demi d’allégations pour dénoncer « conflits d’intérêt et mélange des genres » dans l’association. Où Sihem Habchi est accusée de placer les siens. Deux de ses sœurs siègent au Conseil d’Administration. Son compagnon a refait le site de l’association pour la modique somme de 20.000 euros. Où il est reproché à Sihem Habchi de ne se déplacer qu’en taxi sur le compte exclusif de l’association, 072413 chez taxis Bleus : « les factures peuvent atteindre 3.000 euros par mois ».  Où il est indiqué que Sihem Habchi se ferait rembourser des frais de bouche et de téléphone « scandaleux » sans lien avec ses fonctions : « 800 euros parfois pour un seul mois ». Selon le corbeau « Sihem Habchi confond (…) l’association avec son entreprise à elle ».

Il n’y a pas que lui. Sur le terrain, les témoignages pleuvent. « Tyrannique », « despotique », la jeune femme présidente du mouvement le viderait désormais de tout son sens. « On a d’abord essayé de changer les choses en interne, mais personne n’a réagi, au Conseil d’Administration comme ailleurs », indique Bouchera Azzouz, ancienne secrétaire générale de NPNS arbitrairement débarquée en 2009.

« J’ai fini chez le psy »

Comme une cocotte-minute, l’association explose. Sur ces quatre dernières années, un turn-over qui dépasse la normale avec une vingtaine de départs de jeunes femmes trop souvent poussées à bout. Plusieurs d’entre elles, dont Alia* sont parties en dépression : La jeune femme, payée 1.500 euros net par mois pour intervenir en zones sensibles, enchaînait les heures supplémentaires et payait de sa poche ses tickets de transport : « A la fin, je faisais même le ménage dans les locaux. Elles m’ont détruite, j’ai fini chez le psy« , dit-elle aujourd’hui.

Une autre raconte qu’elle devait prendre sur ses propres deniers face à la détresse d’une femme qui ne savait où dormir. « Je voulais qu’il y ait un fonds de roulement de 300 euros à l’accueil pour réagir dans pareille situation, raconte Warda. Rien n’est venu ». Et quand elle a monté son comité local, « le national ne nous a jamais versé le moindre sou, raconte Warda. Même en 2008, alors qu’il nous manquait  1.000 euros pour finir l’année. Par contre, nos initiatives sont reprises dans le rapport d’activités annuel de Ni Putes Ni Soumises ».

« je me demande où sont passé les subventions »

Ni Putes Ni Soumises ne manquait pourtant vraiment pas d’argent. Subventionnée à hauteur de 500.000 euros par an, elle fait partie des associations les mieux loties de France. Mais d’anciennes bénévoles et salariées continuent de s’interroger. Sarah, ancienne vice-présidente de NPNS, a participé à l’opération « Tremplin pour le respect » en 2008 : « je me demande où sont passé les subventions, étant donné que tout reposait sur le système D, et qu’aucun prestataire n’a été payé ». D’autant que l’Education nationale a déboursé 11.000 euros pour ce projet.

Du coup, les financements se font plus rares. La région Ile-de-France a cessé d’alimenter l’association depuis trois ans. L’Acsé (Agence nationale pour la Cohésion sociale et l’égalité des chances), qui finançait cinq postes d’adultes relais sur le terrain à hauteur de 100.000 euros, et offrait des subventions à hauteur de 155.000 notamment pour la plate-forme d’accueil aux victimes, n’a pas encore renouvelé son partenariat.

« Elle ne va pas très bien »

Du côté des instances dirigeantes, Jean-Marie Heussner, membre du Conseil d’Administration, assure qu’il n’y a à NPNS « aucun problème d’argent« . Il réduit la situation à laquelle l’association est aujourd’hui confrontée à « des affaires de jalousie, des conflits de personnes, parce que l’association est un lieu de pouvoir et d’enjeux ». Et promet de ‘tout faire pour sortir de la crise et de la grève en privilégiant toujours l’indépendance de l’association ».

Et pour défendre la présidente de l’association, Sihem Habchi, Jean-Marie Heussner indique que l’usage des taxis est « lié à des questions de sécurité, car elle a été menacée de mort à plusieurs reprises ». Que si ses sœurs sont au Conseil d’Administration, c’est qu’elles sont « militantes ». Enfin, il dit que si Sihem Habchi, que le « Nouvel Observateur » a cherché à contacter à de nombreuses reprises, est injoignable aujourd’hui…c’est qu’elle « ne va pas très bien en ce moment ». A suivre.

Marie Vaton et Elsa Vigoureux – Le Nouvel Observateur

 

Bertrand Delanoë est accusé par ses opposants d’avoir organisé une cérémonie fêtant le Ramadan dans les locaux de l’Hôtel de Ville. Le Maire a répondu que la Ville célèbre tous les ans toutes les religions. Un bel aveu de sa conception de la laïcité.

Une éternelle polémique. Deux élus de la majorité parlementaire, le député UMP Jacques Myard et le conseiller de Paris Nouveau Centre Jérôme Dubus ont protesté contre la tenue à l’Hôtel de Ville de Paris d’un concert  dénommé « Soirée du Ramadan » sur le site officiel de la Ville. Une atteinte à la laïcité selon eux, Jacques Myard a même écrit en ce sens au ministère de l’Intérieur.
Pour Jérôme Dubus, « Bertrand Delanoë doit renoncer à accueillir la soirée du Ramadan à l’Hôtel de Ville (…) aucune autre fête religieuse, ni chrétienne, ni juive, ni de toute autre confession n’avait connu ce privilège ».
Le Maire a tenu à lui répondre précisant que « la Ville organise une telle soirée chaque année depuis 2001, à l’Hôtel de Ville ou en d’autres lieux. Ce moment de rassemblement s’inscrit dans une logique conviviale et culturelle, et n’a strictement aucun caractère religieux, à l’instar d’autres manifestations que la Ville accueille ou organise, comme Hanouka, Vesak (fête bouddhiste, ndlr), la Saint Maroun (pour les chrétiens maronites, ndlr), le Nouvel an chinois, le Nouvel an berbère ou l’arbre de Noël, sans n’avoir jamais suscité la moindre réaction ». Par exemple, une soirée a été organisée pour Hanouka en décembre dernier dans les locaux de la Mairie, ce fut aussi le cas les années précédentes. La Ville célèbre aussi la fête hindouiste de Diwali.

DÉJÀ DES CÉLÉBRATIONS À LA MAIRIE EN 2001

En effet, Delanoë est un habitué de ce genre de célébrations et notamment pour le Ramadan. Jusqu’en 2005, la fête était même organisée au sein même de la Mairie, les années suivantes, la Ville a préféré le Stade Charléty ou le Palais Omnisports de Bercy. En 2006, le concert au Stade Charléty, avait coûté 280 000 euros, financé à 60% par le budget municipal. La dernière cérémonie organisée à la Mairie en 2005 avait coûté elle 95 000 euros. Chose qui avait déjà fait polémique à l’époque.
Les partisans de la laïcité la plus stricte peuvent être choqués mais quand il s’agit d’entretenir ses clientèles électorales, Delanoë n’hésite pas à sortir son chéquier. En 2008, le subventionnement municipal descrèches loubavitch avait déjà fait polémique jusque dans dans la majorité municipale. Le Maire de Paris était également présent au dernier diner du CRIF en février  en même temps que d’autres socialistes comme Martine Aubry et François Hollande.

AMBIGUÏTÉS

Mais qu’on se rassure, le budget de la Ville s’ouvre à toutes les confessions. Si Delanoë subventionne les crèches juives loubavitch, il a aussi subventionné la future mosquée de la Goutte d’Or. La Ville a déjà versé cette année 696 000 euros et s’est engagée pour un financement  de 22 millions, le tout pour réaliser un espace culturel. En septembre 2010, Delanoë avait fait très fort pour la paix entre les peuples en assistant le même soir au Nouvel an juif et à une veillée du Ramadan.
Simple opportunisme local ? Dans sa motion pour le Congrès de Reims, Bernard Delanoë semblait nettement plus républicain. En effet, page 18, on peut lire : « La laïcité demande qu’aucune de ces différences ne dicte sa loi aux autres, parce qu’au-dessus d’elles, il y a ce qui nous unit, la République et l’intérêt général ». Un principe que le Maire de Paris a visiblement oublié. Cette polémique, si vieille soit-elle, vient en tous cas rappeler les positions parfois ambigües de la gauche sur la laïcité. Si Jésus multipliait les pains et les poissons, sur nombre de sujets, le PS préfère multiplier ses prises de position.
Source : Marianne2.fr